Reconversion professionnelle : un CAP, comment et pourquoi faire ?

Je reçois régulièrement des appels de futur-e-s candidat-e-s à la reconversion professionnelle. Leurs demandes sont de deux ordres principalement : comment passer mon CAP pâtissier/boulanger/cuisinier ? Quel parcours professionnel avez-vous fait par la suite ?

J'adore ce genre de conversation et je suis toujours prête à parler de mon expérience personnelle. Je vais développer ici la réponse à la première question car il n’est pas si simple de s’y retrouver. Je vais évoquer le plus pragmatiquement possible, les solutions les plus générales, mais il en existe d’autres, plus locales ou plus individuelles. La formation en France n’étant jamais à l’abri d’une réforme, ces solutions peuvent n’être valables qu’aujourd’hui.

Je passerai également en revue les questions à se poser avant de se lancer dans l'aventure certes exaltante mais néanmoins très contraignante de la préparation d'un CAP.

Les réponses que je présente, sont valables à la fois pour le CAP pâtissier, boulanger et cuisinier. Les trois diplômes peuvent être présentés en candidat libre. De plus, je m’adresse en priorité à des adultes de plus de 30 ans. 

Si vous avez moins de 30 ans, vous êtes éligible à un parcours de formation en apprentissage classique via un Centre de Formation des Apprentis, ou les nouvelles écoles comme le CFA des Chefs.

Et je me place dans la situation d’une personne ayant quitté son emploi ou en passe de le quitter. Cela résout le problème de la disponibilité pour effectuer les 14 semaines de stage désormais nécessaires pour passer son CAP pâtissier

Enfin, je n'aborderai pas non plus la Validation des Acquis Professionnels (VAE) ou bien les certificat de qualification professionnelle (CQP).


Le financement

Un mot sur le financement des formations. Selon votre profil (salarié, chômeur, en congé long), vous pouvez prétendre au financement pour tout ou partie de votre formation par le biais d’une aide Pôle emploi, l’utilisation de votre Compte Personnel Formation, la prise en charge par un OPCO, ou encore par l'Association Transition Professionnelle (ex-Fongecif) qui gère et finance le CPF de Transition professionnelle. A vous de vous renseigner.

 

Une reconversion professionnelle est un projet très personnel, et j’insisterai plus d’une fois là-dessus. Aussi selon la forme de votre projet, son secteur, vos compétences, votre réseau, votre situation personnelle et professionnelle, la décision quant à passer ou non un CAP, et comment, ne peut être prise que par vous.


Les modalités

  1. La préparation individuelle, valable pour tous les CAP. Toutes les ressources théoriques et les démonstrations pratiques sont disponibles sur Internet. Les groupes d’entraide sont également très nombreux. Avec beaucoup de rigueur et d’entrainement, vous pouvez préparer vos diplômes totalement individuellement. Le budget estimé pour l’entrainement au CAP pâtissier avoisine les 3000 euros, en achat de matériel et d’ingrédients. Pour le cas particulier de la pâtisserie, le problème sera de trouver un moyen d’obtenir des conventions de stage.
  2. La préparation individuelle avec enseignement à distance. En s’inscrivant auprès d’une école en ligne, vous aurez accès à un parcours guidé. Ce parcours comporte des cours vidéo, de fiches techniques, d’exercices thématiques, de forums de discussion et même d’assistance particulière par téléphone ou en ligne. Parmi les plus établis, on peut citer l’Atelier des chefs, Youschool ou encore Patiscoach. Derrière ces cours en ligne, se cachent de nombreux professionnels. De plus, toutes ces écoles sont à même de vous fournir des conventions de stage. Le budget pour une assistance d’une année va tourner entre 1500 et 3000 euros. Sans compter l’achat de matériel et d’ingrédients. L’inscription au CAP reste de votre responsabilité.
  3. La préparation à temps plein en un an. Vous trouverez dans toutes les grandes villes de France des écoles privées ou publiques proposant une formation sur une année scolaire, comportant environ 4 mois de cours et 4 mois de stage. Le budget, cette fois-ci est beaucoup plus élevé, puisqu’il va de 5 000 jusqu’à 12 000 euros. La sélection est rude car les places sont rares et se fait sur dossier. Sur Paris, vous pouvez vous tourner vers l’Ecole Ferrandi, ou l’Ecole de Boulangerie-Patisserie de Paris. A Rouen, l’Institut National de la Boulangerie Pâtisserie est très réputé. A Yssingeaux, est installée l’école Alain Ducasse, qui possède également un campus sur Paris. Vous pouvez également vous tourner vers le réseau des groupements d’établissements (GRETA) ou des Centre de Formation des Apprentis (CFA), qui proposent le même type de formation se déroulant cette fois-ci dans des CFA. L’avantage de passer par les GRETA, c’est que vous avez une chance d’obtenir un financement par la région de votre formation.
  4. La préparation intensive de courte durée.  La plupart des écoles mentionnées ci-dessus, y compris celles en ligne qui possèdent des locaux, propose également des versions courtes (d’une semaine à trois mois) de leur enseignement. Il s’agit de formation non diplômante mais qui vous permet de bien préparer le diplôme que vous présenterez en candidat libre. Le budget reste élevé, de 2000 euros à Rouen, jusqu’à 11 000 euros chez Ducasse.

Les motivations

C’est à vous de voir la meilleure solution pour votre cas personnel. Mais je vous conseille de vous poser ces

questions essentielles pour vous aider dans votre décision.

 

  •  Avez-vous vraiment besoin de passer le diplôme pour votre future activité ?

Même dans le cas d’une activité réglementée comme la pâtisserie, il n’est pas nécessaire d’être soi-même titulaire d’un diplôme pour en ouvrir une. Il suffit d’embaucher des personnes diplômées. La question ne se pose pas pour ouvrir un restaurant. Seul le suivi de la formation sur l’hygiène en restauration est obligatoire. Mais pour autant, l’obtention d’un diplôme peut répondre à une envie personnelle de développement de compétences. Dans ce cas-là, vous pourriez envisager un simple stage intensif de quelques semaines pour acquérir quelques bases solides et de savoir parler le même langage professionnel que les personnes que vous emploierez ou rencontrerez. Remontez à la question 4. ci-dessus.

 

  • Si vous tenez à ce CAP, n’est-ce qu’une première étape et vous souhaitez obtenir les diplômes de niveau supérieur par la suite ?

Si l’on vise des diplômes supérieurs, deux choses peuvent faire pencher la balance : disposer vous d‘un budget suffisant pour payer 2, voire 3 formations à la suite ? de même disposez-vous du temps suffisant pour étudier sur plusieurs années ?

Encore une fois, le choix d’une reconversion professionnelle est un projet très personnel. Il n’y pas de bonnes ou de mauvaises réponses à ces questions.

 

  • Avez-vous besoin d'aide pour trouver vos stages ?

L'inscription à une formation dans une école reconnue sera sans doute une aide précieuse pour trouver des établissements accueillant des stagiaires. Mais vous pouvez également nouer d'excellentes relations avec une entreprise du secteur et qu'elle accepte de vous accueillir comme stagiaire. Encore une fois, renseignez-vous rapidement.

  • Quel budget êtes-vous prêt-e à dépenser pour l’obtention d’un CAP ?

Lors d’une reconversion, on pense souvent à un diplôme lié au cœur du métier et moins aux compétences annexes, liées à la gestion d’une entreprise par exemple et à son développement. Selon votre budget, il peut être intéressant de ventiler sur plusieurs formations, même non diplômantes. Surtout n’oubliez pas d’actionner tous les leviers possibles pour une prise en charge financière de ces dernières.

 

  • Quel temps êtes-vous prêt-e à consacrer à la préparation de votre diplôme, tout en menant le développement de votre projet ?

Pour moi c’était un critère important : avec une formation en présentiel, ou en tout cas à temps plein, il ne me restait pas assez de temps pour mener ma réflexion. Mais pour d’autres personnes, la nécessité d’un accompagnement au plus près est cruciale pour réussir un apprentissage. Quitte à perdre quelques mois sur l’avancement du projet. Encore une fois, pas de bonne ou mauvaise réponse.

 

  • Est-ce que le diplôme et/ou l’école pour l’obtenir sera un gage de sérieux pour vos futures négociations ?

Il est vrai que pour obtenir certaines subventions régionales ou un prêt bancaire, le fait d’avoir un diplôme d’état ou un certificat d’une école ayant pignon sur rue, peut aider. Cela renforce votre crédibilité. A vous de vous renseigner.


Conclusion

Lors de mes entretiens avec de futur-e-s reconverties, j’ai toujours le même but : les aider à se poser les bonnes questions pour faire les bons choix. Mais les bons choix pour eux/elles. Mon expérience me permet uniquement d’avoir une certaine vision sur l’influence pour la suite que ces choix pourront avoir. Je ne prétends pas être exhaustive, mais j’espère vous avoir aider.

 

Alors bon courage pour vos réflexions et puissiez-vous vous épanouir dans votre nouvelle vie professionnelle.


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